France B – Koalas : un All-Star Game à la française, et une belle vitrine pour le XIII
Deux visions du rugby à XIII se sont rencontrées cet après-midi : d’un côté, les Koalas, fidèles au style australien – mobile, structuré, clinique ; de l’autre, les Français, plus frontaux, plus instinctifs, plus dans l’impact.
Le score, largement à l’avantage des Australiens, restera anecdotique car l’enjeu était ailleurs. Depuis 1984, cette opposition fait office de All-Star Game, une parenthèse très cool, parfaite pour qu’un néophyte découvre le XIII dans ce qu’il offre de plus spectaculaire : des talents réunis, du rythme, du panache… et une envie manifeste de jouer malgré le risque de blessure et le championnat dans un coin de la tête. Et sur ce point, les vingt-six acteurs n’ont pas triché.
Les Français : du punch, du cœur et quelques confirmations
La première grande satisfaction du jour côté Bleus, c’est incontestablement Alexis Lis. L’ancien Bison d’Avignon, désormais à Saint-Estève XIII Catalan, a réalisé un match d’une densité remarquable. À la pile, en attaque comme en défense, il a multiplié les courses punchy, les interventions décisives et les efforts invisibles. À seulement 20 ans, le garçon a un profil complet : rapide, physique, énergique et, surtout, toujours juste. Vu la qualité de ses sorties cette saison en Super XIII – et l’environnement dans lequel il progresse aux côtés de jeunes pépites déjà en pro comme le centre Lenny Marc – on peut imaginer qu’il ne tardera pas à taper à la porte du groupe Super League pour gratter un peu de temps de jeu à son tour. Un vrai coup de cœur personnel et un beau prospect pour le XIII français.
Autre silhouette impossible à manquer, le seconde ligne Corentin Le Cam, le géant d’Albi (2m07 !). Face aux Australiens, il a fait ce qu’il sait faire : attirer les défenseurs, casser des plaquages, offloader proprement. Dès qu’il touchait le ballon, l’équipe avançait. Une valeur sûre qu’on ne présente plus.
Dans un registre différent son coéquipier chez les Tigres, l’arrière Romain Franco, a rendu une copie très propre. Sa lecture des offensives australiennes, souvent conclues par des grubbers ou des variations dans le couloir, a été précieuse. Il s’est offert le premier essai français de la rencontre, à la conclusion un superbe mouvement collectif et malgré le retour de trois Koalas — belle attitude, belle finition. Il a sonné la révolte d’une équipe française assommée jusque là.
Baptiste Pourchi, pour sa première en bleu, a apporté de la vivacité et de belles prises d’initiative. Les frères Dall’Asta, un peu muselés par la défense australienne, ont tout de même laissé entrevoir ce qu’ils savaient faire et on sent qu’ils en ont encore sous le pied.
Enfin, on peut aussi mentionner le toulousain Wail Skoundri, qui s’est illustré sur quelques mouvements en cassant et en passant après-contact, ou encore le talonneur Mahault Beauvilliers, la mobylette limouxine, très remuant autour du ruck et auteur de bonnes sorties de balle.
Les Koalas : du spectacle et de la technique
Chez les Koalas, le premier à sortir du bois a été Ethan Natoli. Le centre italio-australien du Baroudeur de Pia a immédiatement marqué les esprits avec un arrachage en un-contre-un qui aurait pu finir en essai s’il avait mieux pu résister au dernier retour français. Natoli est un joueur à part : techniquement précis, puissant, très complet. Son alternance entre la France (Pia) et la Championship anglaise (London Broncos) explique sans doute cette maturité. Il a été décisif sur plusieurs chaînes offensives, jusqu’à servir de rampe pour le premier essai du match, inscrit par Cédric Soulé, le plus français des australiens (néo-zélandais en réalité où il a passé un temps important de sa scolarité).
Soulé qui d’ailleurs, a lui aussi brillé en première mi-temps : d’abord en concluant côté gauche, puis en offrant un ballon splendide pour le troisième essai de Joe Besgrove.
Impossible également d’ignorer mon chouchou Regan Hughes, l’ancien ours de North Sydney qui s’est transformé en grizzli à Limoux. En seconde ligne, il a tout raflé : les mètres après contact, les collisions gagnées, les percussions pleines ferveur. Son passage en France est encore frais mais déjà une telle réussite… Hughes et l’idée (personnelle) de le voir signer en Super League l’an prochain ne me paraît pas du tout farfelue…
L’ancien des Roosters, Edenn Rogers-Smith, chez lui à Albert Domec, a joué comme on l’attendait : fort dans l’axe, violent en défense, toujours menaçant avec la balle. À ses côtés, Maika Serulevu a, comme à son habitude, été présent dans les zones chaudes et a même marqué sur sa pelouse — chouette histoire !
Dans l’animation, le duo Joe Besgrove – William Partridge a parfaitement contrôlé le tempo. Auteur d’une magnifique percée pleine de flair, Besgrove a offert le deuxième essai aussie à Serulevu, tandis que le limouxin Partridge a alterné prises d’intervalles, passes courtes, accélérations bien senties.
On notera aussi Jack Wright qui a joué à sa main et distribué devant la ligne française comme un métronome. Beaucoup de remises intérieures et de décalages in-extremis qui ont franchement perturbé la défense des Bleus.
Enfin, le très jeune ailier Sam Hill (18 ans !) a confirmé son statut de futur très bon : deux essais, une activité constante, un vrai flair de finisseur. Grand, fin, encore en développement, mais terriblement prometteur. Pia a décidément recruté juste et son équipe me fait forte impression cette année.
À noter aussi les fulgurances au centre du terrain de Jakob Giles, Max Bailey et Chase Bernard, qui ont fait sentir leur puissance par séquences.
En résumé : une opposition agréable, rythmée, où chacun a joué le jeu. Malgré la défaite française, un excellent moment pour découvrir le rugby à XIII sous un angle dynamique et spectaculaire. Et pour les clubs du Super XIII, deux semaines de pause bienvenues avant la reprise des matches les 29 et 30 novembre.

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